Dernière semaine des soldes…

J’ai encore fait une super bonne affaire aujourd’hui! Un ciel d’un bleu cru et pur, rue de Picpus et une lumière exquise, timide et chaude sur les façades ouest, rouges et blanches, de la rue Fabre d’Eglantine…

« Les soirs d’été, les ouvriers se mettent au balcon. Chez lui, il n’y avait qu’une toute petire fenêtre, sur le devant de la maison. On descendait alors les chaises sur le devant de la maison et on goûtait le soir. Il y avait la rue, les marchands de glaces à côté, les cafés en face et les bruits d’enfants courant de porte en porte. Mais surtout, entre les grands ficus, il y avait le ciel. Il y a une solitude dans la pauvreté, mais une solitude qui rend son prix à chaque chose. A un certain degré de richesse, le ciel lui-même et la nuit pleine d’étoiles semblent des biens naturels. Mais au bas de l’échelle, le ciel reprend tout son sens : une grâce sans prix. Nuits d’été, mystères où crépitaient des étoiles ! Il y avait derrière l’enfant un couloir puant et sa petite chaise, crevée, s’enfonçait un peu sous lui. Mais les yeux levés, il buvait à même la nuit pure. Parfois passait un tramway, vaste et rapide. Un ivrogne chantonnait au coin d’une rue sans parvenir à troubler le silence. » 

L’Envers et l’endroit , « Entre oui et non », Camus

Ap…prendre le temps…

Vous qui passez sans me voir…Osez pousser les portes cochères parisiennes…

Vous qui passez sans me voir…Osez pousser les portes cochères parisiennes…

1901, de longs jours sans télévision…

Figurez-vous qu’en 1901, un certain F.C. Ramond a répertorié par ordre alphabétique les 1200 personnages des 20 volumes des Rougon-Macquart de Zola! Ce, avec histoire singulière de chacun et références précises à l’appui. Chapeau bas! (lisible sur Internet : Personnages des Rougon-Macquart Ramond)

Dame Tartuffe

Les effarouchistas du web sont dans tous leurs états!  Ciel ! Mon ELLE!  Que se passe-t-il donc ? Charlize Théron ou Sharon Stone veau d’orisées,  voilà qui a de l’allure, mais ces jolies filles qui soulèvent leur longs pulls en cachemire si fins et si élégants ou laissent s’entrouvrir quelque chemise d’homme délicatement immaculée, pouah !

« Classe » !  ricane-t-on ; « limite porno », « rouge de honte et de colère », grogne-t-on !

Eh bien nous, ça nous plaît  les superbes photos parues dans ELLE cette semaine et qui suscitent  tant d’effroi. L’érotique suggère, mesdames, le porno montre! Direz-vous qu’Helmut Newton, certes baptisé par ses héritiers « père du porno chic », fait effectivement du porno ? Pourquoi pas la Vénus de Milo ou les Beaux Arapoils (comme disait mon cousin Gaston  alors qu’à six ans bien tassés, il feuilletait, en douce, les dicos illustrés)?…  J’insiste ! Feuilletez jusqu’au bout! Ne craquez pas avant la fin : en dernière position de  cette galerie,  un physique totalement atypique, une photo très très réussie.

Et puis, en butte aux tartufferies, il y a la chose… et il y a  le mot ! Voilà-t-il pas qu’il fait glousser, lui aussi ! On rappellera que -ista est une finale  du plus pur latinisme  servant à former des substantifs et des adjectifs  très respectables… et nous, nous aimons bien ces  jeux coquins et savants, tout à la fois.

A propos de ce qui se passe « sous les jupes des filles », allez  donc voir le très charmant site de Souchon… ou  allez du côté de chez  Proust… Porno, Marcel?

« Il monta avec elle dans la voiture qu’elle avait et dit à la sienne de suivre.

Elle tenait à la main un bouquet de catleyas et Swann vit, sous sa fanchon de dentelle, qu’elle avait dans les cheveux des fleurs de cette même orchidée attachées à une aigrette en plumes de cygnes. Elle était habillée sous sa mantille, d’un flot de velours noir qui, par un rattrapé oblique, découvrait en un large triangle le bas d’une jupe de faille blanche et laissait voir un empiècement, également de faille blanche, à l’ouverture du corsage décolleté, où étaient enfoncées d’autres fleurs de catleyas. Elle était à peine remise de la frayeur [ 26 ] que Swann lui avait causée quand un obstacle fit faire un écart au cheval. Ils furent vivement déplacés, elle avait jeté un cri et restait toute palpitante, sans respiration.

— Ce n’est rien, lui dit-il, n’ayez pas peur.

Et il la tenait par l’épaule, l’appuyant contre lui pour la maintenir ; puis il lui dit :

— Surtout, ne me parlez pas, ne me répondez que par signes pour ne pas vous essouffler encore davantage. Cela ne vous gêne pas que je remette droites les fleurs de votre corsage qui ont été déplacées par le choc ? J’ai peur que vous ne les perdiez, je voudrais les enfoncer un peu.

Elle, qui n’avait pas été habituée à voir les hommes faire tant de façons avec elle, dit en souriant :

— Non, pas du tout, ça ne me gêne pas.

Mais lui, intimidé par sa réponse, peut-être aussi pour avoir l’air d’avoir été sincère quand il avait pris ce prétexte, ou même, commençant déjà à croire qu’il l’avait été, s’écria :

— Oh ! non, surtout, ne parlez pas, vous allez encore vous essouffler, vous pouvez bien me répondre par gestes, je vous comprendrai bien. Sincèrement je ne vous gêne pas ? Voyez, il y a un peu… je pense que c’est du pollen qui s’est répandu sur vous ; vous permettez que je l’essuie avec ma main ? Je ne vais pas trop fort, je ne suis pas trop brutal ? Je vous chatouille peut-être un peu ? mais c’est que je ne voudrais pas toucher le velours de la robe pour ne pas le friper. Mais, voyez-vous, il était vraiment nécessaire de les fixer ils seraient tombés ; et comme cela, en les enfonçant un peu moi-même… Sérieusement, je ne vous suis pas désagréable ? Et en les respirant pour voir s’ils n’ont vraiment pas d’odeur non plus ? Je n’en ai jamais senti, je peux ? dites la vérité ? [ 27 ]

Souriant, elle haussa légèrement les épaules, comme pour dire « vous êtes fou, vous voyez bien que ça me plaît ».

Il élevait son autre main le long de la joue d’Odette ; elle le regarda fixement, de l’air languissant et grave qu’ont les femmes du maître florentin avec lesquelles il lui avait trouvé de la ressemblance ; amenés au bord des paupières, ses yeux brillants, larges et minces, comme les leurs, semblaient prêts à se détacher ainsi que deux larmes. Elle fléchissait le cou comme on leur voit faire à toutes, dans les scènes païennes comme dans les tableaux religieux. Et, en une attitude qui sans doute lui était habituelle, qu’elle savait convenable à ces moments-là et qu’elle faisait attention à ne pas oublier de prendre, elle semblait avoir besoin de toute sa force pour retenir son visage, comme si une force invisible l’eût attiré vers Swann. Et ce fut Swann, qui, avant qu’elle le laissât tomber, comme malgré elle, sur ses lèvres, le retint un instant, à quelque distance, entre ses deux mains. Il avait voulu laisser à sa pensée le temps d’accourir, de reconnaître le rêve qu’elle avait si longtemps caressé et d’assister à sa réalisation, comme une parente qu’on appelle pour prendre sa part du succès d’un enfant qu’elle a beaucoup aimé. Peut-être aussi Swann attachait-il sur ce visage d’Odette non encore possédée, ni même encore embrassée par lui, qu’il voyait pour la dernière fois, ce regard avec lequel, un jour de départ, on voudrait emporter un paysage qu’on va quitter pour toujours.

Mais il était si timide avec elle, qu’ayant fini par la posséder ce soir-là, en commençant par arranger ses catleyas, soit crainte de la froisser, soit peur de paraître rétrospectivement avoir menti, soit manque d’audace pour formuler une exigence plus grande que celle-là (qu’il pouvait renouveler [ 28 ] puisqu’elle n’avait pas fâché Odette la première fois), les jours suivants il usa du même prétexte. Si elle avait des catleyas à son corsage, il disait : « C’est malheureux, ce soir, les catleyas n’ont pas besoin d’être arrangés, ils n’ont pas été déplacés comme l’autre soir ; il me semble pourtant que celui-ci n’est pas très droit. Je peux voir s’ils ne sentent pas plus que les autres ? » Ou bien, si elle n’en avait pas : « Oh ! pas de catleyas ce soir, pas moyen de me livrer à mes petits arrangements. » De sorte que, pendant quelque temps, ne fut pas changé l’ordre qu’il avait suivi le premier soir, en débutant par des attouchements de doigts et de lèvres sur la gorge d’Odette, et que ce fut par eux encore que commençaient chaque fois ses caresses ; et, bien plus tard quand l’arrangement (ou le simulacre d’arrangement) des catleyas, fut depuis longtemps tombé en désuétude, la métaphore « faire catleya » devenue un simple vocable qu’ils employaient sans y penser quand ils voulaient signifier l’acte de la possession physique — où d’ailleurs l’on ne possède rien — survécut dans leur langage, où elle le commémorait, à cet usage oublié. Et peut-être cette manière particulière de dire « faire l’amour » ne signifiait-elle pas exactement la même chose que ses synonymes. On a beau être blasé sur les femmes, considérer la possession des plus différentes comme toujours la même et connue d’avance, elle devient au contraire un plaisir nouveau s’il s’agit de femmes assez difficiles — ou crues telles par nous — pour que nous soyons obligés de la faire naître de quelque épisode imprévu de nos relations avec elles, comme avait été la première fois pour Swann l’arrangement des catleyas. Il espérait en tremblant, ce soir-là (mais Odette, se disait-il, si elle était dupe de sa ruse, ne pouvait le deviner), que c’était la possession de cette femme qui allait sortir d’entre leurs larges pétales mauves ; et le plaisir qu’il éprouvait déjà et qu’Odette ne tolérait peut-être, pensait-il, que parce qu’elle ne l’avait pas reconnu, lui semblait, à cause de cela — comme il put paraître au premier homme qui le goûta parmi les fleurs du paradis terrestre — un plaisir qui n’avait pas existé jusque-là, qu’il cherchait à créer, un plaisir — ainsi que le nom spécial qu’il lui donna en garda la trace — entièrement particulier et nouveau. »

DROLE D’IDEE !
” Deux pièces marquantes de la fin d’année 2009, à Londres. A la demande de Nicholas Hytner, le directeur du National Theatre, David Hare a mis en scène The power of yes. Un texte autour du credit crunch, cet assèchement des liquidités dont le monde a été victime en 2008, à l’origine de la grande panique du secteur financier. Parmi les comédiens, un faux George Soros livre son analyse des dégâts. Quant à Rupert Goold, il a monté, au Royal Court Theatre, un Enron très discuté, du nom de ce gigantesque scandale comptable aux Etats-Unis, devenu symbole d’un capitalisme financier à la dérive. Pendant ce temps-là, à Paris, la crise n’a toujours pas franchi la porte des théâtres.

Il faut donc aller voir ailleurs – et d’abord en banlieue. Exception dans ce paysage français hermétique au dehors, Pascal Rambert présente, jusqu’au 20 février dans son théâtre de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), Une (micro) histoire économique du monde, dansée. Sur le plateau, une cinquantaine de corps dansent des siècles d’économie. Tout y passe, depuis les dons et contre-dons de Marcel Mauss jusqu’à la crise des subprime de 2008, passant par la main invisible d’Adam Smith. Et Rambert parvient, en 90 minutes, à faire l’impossible: décortiquer sur scène, à partir d’une panoplie de gestes extrêmement simples, quelques-uns des rouages infernaux de l’économie mondialisée, et parfois, en extraire leur sève sensible.

© Pierre Grosbois


Le projet, imaginé bien avant le déclenchement de la crise, s’est fait rattraper par l’actualité –«Je ne l’ai pas fait exprès», écrit Rambert. La démarche dialogue d’ailleurs à merveille avec l’actualité éditoriale des derniers mois, où les essais sur la world history se multiplient. Remonter aux origines du capitalisme, au XVIe siècle en Europe et ailleurs, pour comprendre le marasme actuel: l’histoire globale chère à Fernand Braudel, précieuse en ces temps agités, se révèle, sur scène, un matériau passionnant. Et comme chez Braudel et consorts, Rambert a eu la bonne idée de ne pas tomber dans le panneau de l’euro-centrisme: cette micro-histoire investit aussi le Bangladesh (invention de la microfinance à la fin des années 1970) et les sociétés autrefois dites «primitives», au Sud, décrites par Mauss…”

http://www.mediapart.fr/article/offert/

Ludovic Lamant, journaliste

Under the couette

Vu hier soir les deux tiers de Richard III de Shakespeare au Théâtre des Quartiers d’Ivry. Escape à l’entracte (au bout de deux heures 30 fort pénibles de séquestration). Le parti pris de bouffonnerie genre SAV ou Guignols de l’Info ne semble pas bien seoir à Shakespeare et l’abus de téléphones portables, oreillettes, micros et écrans de télé, nuit grave à la compréhension du texte! Tous les clichés de la mise en scène moderne… d’il y a 20 ans…y sont… Richard est inaudible, le texte est labouré et les ajouts pesants concernant Sarko ou Chirac font de ce Shakespeare à la sauce tourangelle (troupe invitée) un mets indigeste que vous laisserez sur le bord de l’assiette. Vous sortirez vide et agacé (vous êtes entré à 19 heures 30…).
Vraiment, une p’tite soupe et au lit!  Restez sous votre couette avec un DVD ou une série télé! De Richard III, vous aurez entendu autant..
Vous souvient-il de Looking for Richard et du grandissime Al Pacino?
FB

FICTIONSSSS

Vu hier soir, La fin d’une liaison, adapté du roman de Graham Greene aux TQI . Encore une fois, on n’est pas déçu de s’être aventuré hors les murs… Deux chaises, un bureau, un fauteuil, quelques panneaux coulissants, une lanterne magique, et le tour est joué! Nous sommes en Angleterre durant la guerre. Costumes ad hoc : fracs et robes en satin fluide, whisky, champagne… Maurice, l’écrivain, - un physique à la Robin Williams - entreprend de vider son mal en mettant sur la table sa malheureuse histoire d’amour avec Sarah…Mais Sarah est là, Henri, est là, le détective privé est là - très Inspector Clouseau -, le directeur de conscience est là… Nous sommes au café, au restaurant, dans Londres sous la pluie, à une soirée de gala un soir d’été, chez Maurice, chez Sarah, chez Henri, à Hyde Park, dans une église, sous les bombes…Plusieurs plans de fiction se succèdent en d’habiles, inventives, subtiles, vertigineuses transitions.  Les scènes crues ne sont jamais complaisantes,  les quelques mimes et danses élégants, efficaces, suggestifs. Enfin un théâtre qui n’explique pas, qui fait confiance au spectateur…lequel n’est pas forcément crétin, qu’on se le dise! On est surpris, on est sous le charme. Pas un mm3 qui ne soit empli d’imaginaire. C’est dense, drôle si l’on choisit d’en rire… and so british…
FB

Studio Casanova du Théâtre des Quartiers d’Ivry : 69 avenue Danielle Casanova. 01 43 90 11 11; du 8 au 18 décembre, 20 heures.

FINANCIAL “COUP D’ETAT”

Vu hier soir, Capitalism  A love story by Michael Moore, un rien appuyé et schématique, j’en conviens, résolument avalancheux, décousu, mais terriblement efficace, scandaleux, terrifiant.

Tout y passe : la mise à nu du coup des subprimes, les pilotes de ligne à 20 000 dollars par an, obligés de trouver un deuxième emploi et de manger à la soupe populaire - quand même bien embêtant pour un métier qui requiert un minimum d’énergie et de concentration -, les étudiants endettés jusqu’au cou et à vie, les adolescents envoyés en centre de détention privé illégalement, juste pour rentabiliser, les “dead-peasants insurances”, le plan Paulson, tout y passe, vous dis-je…y compris les présidents responsables du désastre… Roosevelt est sacralisé, Obama est épargné… jusqu’aux lendemains qui promettent de ne pas chanter… mais non Bush, on s’en doute, plus demeuré et clownesque que jamais!

Morale de l’histoire : incontestablement l’argent va à l’argent et  continuera d’aller à l’argent. Seule une réaction collective des floués du capitalisme en désamour peut faire exploser un déséquilibre de plus en plus monstrueux entre les quelques gros dont la cuiller trempe dans la marmite et la foule grandissante de ceux qui ne peuvent même pas songer l’approcher … En guise de conclusion, Moore en appelle tout simplement à la rebellion. Facile…mais en conclusion de conclusion, on entend la lassitude du “poor lonesome” justicier, visiblement fatigué de ceindre les scènes de crime. On rit jaune, et on attend la relève.

D’ici là, don’t give up, Michael, we stand by you!

FB